Contre-critique

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"Solarsystem" de L. Schweizer

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"Solarsystem" de Laurent Schweizer.

 

"L'accélération est immédiate, accompagnée d'un sifflement. Elle dépasse les facultés de mon cerveau à intégrer mes sensations et celles de la voiture. Le ciel s'enflamme, déchiré de traînées et rayures inégales, explosions solaires, dans lesquelles sont aspirés océans et continents."

Alors ne vous fiez pas à cette phrase, c'est peut-être la plus poétique du livre. Car bien que ce soit la cinquième publication de l'auteur, ce "Solarsystem" développe une ambition qu'il n'arrive pas à maîtriser. Son objectif, dénoncer l'endiguement de la jeunesse adolescente par le biais de développeurs de jeux-vidéos. Les jeunes, de 16 ans en moyenne, sont amenés à devenir des Warriors via un jeu-vidéo afin de commettre par la suite un Acte réel, entendez par là un meurtre.
Le sujet est passionnant mais dans sa forme, le roman ennuie.

"Il est presque une heure du matin. Je décide de suivre la consigne. Je rassemble mes affaires. Des cris, des rires et de la musique résonnent toujours dans le couloir principal. J'ouvre la porte. Cinq furries traînent le loup désarmé par les pieds, balançant sa tête ensanglantée..."
Au fil des pages on s'ennuie, il ne se passe rien et il n'y a pas de dialogues intéressants ni de situations palpitantes. Le héros se contente de descendre d'avion, d'aller à l'hôtel, de rencontrer son employeur qui lui donne une mission - tuer un dénommé Vincent. Et voilà le livre s'achève avec un peu d'action au moment d'achever sa mission. Alors quel est l'intérêt ?
Prenons un exemple pour étayer mon propos : Un personnage secondaire (la copine du héros) est aperçu au début du livre. On ne peut ni s'identifier à lui, ni au lien noué avec le héros. Le personnage ne réapparait qu'à la fin, juste le temps de mourir devant notre impassibilité totale.

"Le trajet dure vingt minutes. Une station de radio donne des détails des meurtres commis un peu plus tôt par un garçon de dix-huit ans. Armé d'un couteau de jungle, Kim D. est soupçonné d'avoir tué, en vingt-quatre heures, un prêtre catholique, deux bébés et une puéricultrice."
Schweizer fait de trop nombreuses énumérations, parfois des pages entières de présentations de gamins prêts au meurtre, sans intérêts. L'auteur développe également un univers avec des drones et des ados costumés, proche de la SF, faisant allusion au cyborg, mais il ne l'utilise pas.

Le meilleur passage de "Solarsystem", quelques lignes d'une lucidité acerbe :

"Incapables de verbaliser ce qu'ils ressentent et ce qu'ils veulent, impuissants à décrire leur désespoir, ils se trouvent dans des situations et des états psychiques que seul l'Acte de mort qu'ils préparent préviendra à exprimer totalement."
Un "Solarsystem" a éviter donc, aussi court qu'inutile malgré ses bonnes intentions.

R.P.



05/09/2013
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