Contre-critique

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"Une fille comme les autres" de J. Ketchum

 

"Une fille comme les autres" de Jack Ketchum.

 

"Ensuite, pendant un moment, on n'entendit plus que le vent souffler dans les hautes herbes clairsemées de la berge et faire frémir les broussailles le long du ruisseau, le son du cours d'eau grossi par les pluies de la nuit..."

Ce roman de Ketchum est une confession, celle de David qui, lorsqu'il était un enfant de 12 ans, fit la connaissance de Meg, au cours de l'été 1958.

"En haut, vous vous sentiez si léger dans la brise fraîche que vous vous reteniez à la barre de protection, de peur de vous envolez pour de bon."

Tout commence comme une histoire d'amour d'adolescents, avec la rencontre des deux protagonistes, puis on découvre les copains du héros, Donny et Willie, leur mère Ruth, ainsi que leur quartier et le climat qui y règne. La relation qu'entretiennent cette bande d'enfants, décrite de manière réaliste et sincère, est prenante et juvénile, mais plus on avance dans le récit, plus Ketchum saupoudre son texte d'indices annonciateurs du trouble à venir, et plus les rapports perdent de leur innocence.

"-Ca ira pour l'instant, les garçons, dit-elle. Vous n'arriverez pas à la faire pleurer. Pas cette fois."

Comme souvent chez Ketchum, tout démarre d'une manière quotidienne et finit dans le drame absolu. La force de ce roman est qu'il est raconté du point de vue de David, garçon auquel on s'identifie et dont la situation extrêmement délicate devient à la fois insoutenable et compréhensible. La mise en situation est exemplaire, et on se retrouve pris au piège, à l'instar du héros. Le lecteur sera tiraillé entre sa volonté de savoir ce qui va arriver et son désir de stopper les évènements qui sont en train de se produire.

"Le couteau était bien aiguisé, mais cela pris quand même un petit moment. Puis, après un petit bruit sec, le soutien-gorge tomba. Les seins jaillirent."

Les personnages développés, des cas sociaux véritablement bien étudiés, sont effroyables de par leur véracité.

"-La baise. Il est là, le problème. La chatte chaude et humide entre tes jambes. La voilà, la malédiction, tu comprends? La malédiction d'Eve. C'est notre faiblesse. C'est comme ça qu'ils nous tiennent."

Les évènements dramatiques arrivent peu à peu, et nous sommes les témoins d'une lente et cruelle mais inévitable escalade vers l'horreur tout autant psychologique que physique.

"Un vide absolu et froid, sans joie. Sans compassion, ni pitié. Quelque chose de sauvage. Comme les yeux d'un prédateur."

Les enfants sont plus ou moins manipulés par l'abominable Ruth. Cette dernière est la seule adulte faisant partie de leur groupe, et ce que les enfants et elle réalisent devient choquant. L'histoire soulève des questionnements, des cas de consciences morales.

"Eddie s'énerva et la frappa sur la bouche avec une tringle à rideaux en aluminium, tordant la tringle en laissant une zébrure rouge sur la joue de Meg, lui coupant la lèvre inférieure."

Ce roman, haletant, est également émouvant sur la fin.
"Et voilà que deux enfants en discutaient, un Coca et une bière à la main, imaginant tranquillement l'inimaginable."

Cette histoire malsaine, tirée d'un fait divers, nous rappelle "Misery" de King, auteur qui ne tarit pas d'éloge sur le talent de Ketchum. Ce dernier, qui se délecte ici du côté sombre et glauque de l'humanité (lisez son "Morte saison"), dévoile un livre brillant qui pourrait bien traumatiser les lecteurs non avertis. A lire !

R.P.



23/11/2010
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