Contre-critique

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"Crime et châtiment" de F. Dostokoïevski.

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"Crime et châtiment" de Fédor Dostoïevski.

 

"Mais paroles et exclamations étaient impuissantes à traduire son trouble. Le sentiment de profond dégoût qui l'oppressait et l'étouffait déjà quand il se rendait chez la vieille, devenait maintenant absolument insupportable ; il ne savait comment échapper à l'angoisse qui le torturait."

La vieille, c'est Aliona Ivanovna, une usurière sexagénaire qui attise de vilaines pensées chez notre héros, l'étudiant Rodia Raskolnikov, âgé de 23 ans. Tout commence dans la chaleur du mois de juillet, à Pétersbourg, alors que l'argent manque et qu'un plan machiavélique s'est échafaudé dans la tête de Raskolnikov. Pourtant on n'entre pas immédiatement dans le vif du sujet et le récit tergiverse, comme lors de la discussion avec Marmeladov, un conseiller titulaire éméché rencontré dans un bar. Ce n'est qu'à la fin de la première partie que le crime se met enfin en place, et le suspense y est suffisamment habile pour mériter toute notre attention.

"Il déboutonna alors son pardessus, dégagea la hache du nœud coulant, mais sans la retirer entièrement ; il se borna à la retenir de sa main droite, sous son vêtement. Une faiblesse terrible envahissait ses main ; il les sentait d'instant en instant s'engourdir davantage."

Le trouble qui survient après le crime, lors de la deuxième partie, est admirable. L'état fiévreux de Raskolnikov, ses délires, et le soutien de son ami Razoumikhine ainsi que celui de la bonne Nastassia en font un récit endiablé, sans compter la visite de Loujine, le futur fiancé de sa sœur.

On sent, par-delà les délires de Raskolnikov, que l'étau se resserre sur notre criminel. Mais ce dernier demeure attendrissant, malgré ses crimes, puisqu'il a une fâcheuse tendance à blâmer l'injustice et à porter secours aux jeunes filles en détresse.

Quand survient l'incident tragique de Marmeladov (qui justifie subitement la longue présentation dudit personnage), puis la rencontre étincelante entre Avdotia Romanovna Raskolnikova, dite Dounia, et Razoumikhine, on ne réalise pas que la deuxième et la troisième partie du roman s'enchaînent sans temps mort et nous happent totalement.

"C'est Dieu lui-même qui nous envoie cet homme, quoiqu'il sorte évidemment d'une orgie. On peut compter sur lui, je vous assure. Et tout ce qu'il a déjà fait pour mon frère..."

La quatrième partie est également délectable, entre les successives confrontations de personnages. D'abord Svidrigaïlov, qui veut contrecarrer le mariage de Dounia, Loujine, qui désire la dévotion de Dounia, puis la jeune Sonia, à laquelle Raskolnikov souhaite se confier, et enfin le juge d'instruction Porphyre Petrovitch, qui soupçonne fortement notre héros.

"finalement, je mis en œuvre un moyen d'asservir le cœur féminin qui ne trompe personne mais qui ne manque jamais son effet ; je veux parler de la flatterie. Il n'est au monde rien de plus difficile que la franchise et de plus aisé que la flatterie."

Les péripéties s'enchaînent et l'on a hâte de connaître le dénouement final de ce roman dense et palpitant. Quant à la confrontation entre Dounia et Svidrigaïlov, dans la sixième partie chapitre V, elle s'avère mémorable de tension. On croirait une scène magistrale de polar.
Concernant l'édition, on retrouve pas mal d'erreurs, ce qui est surprenant de la part d'une maison comme Folio Poche ; par exemple, p.206, "tu ne i'intéressais qu'à...", ce qui est déconcertant.

"Crime et châtiment" mérite pourtant, en dépit de la traduction, sa place au panthéon de la littérature du XIXè siècle.

R.P.



07/09/2020
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