Contre-critique

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"La main de Dante" de N. Tosches

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"La main de Dante" de Nick Tosches.

 

"Les flics sont fâchés avec la marche à pied. Ils font de la gonflette, comme les autres tantouzes, mais marcher, ça non. Moi, le dernier flic que j'ai vu faire sa ronde à pied, c'était une gonzesse. Un mètre cinquante-cinq, coupe de cheveux genre gouine camion, à peine si elle m'arrivait au nombril. Des boutons plein la tronche."

Vous l'aurez compris, Tosches n'y va pas de main morte en écrivant ce départ de roman, qui se veut coriace, vulgaire et sans pitié. Malheureusement aussi jubilatoire que succinct. Une quinzaine de pages et puis plus rien. Dès lors, ne vous laissez pas influencer par les critiques dithyrambiques qui couvrent le livre, seules les toutes premières pages sont une pure merveille, avec le personnage de Louie qui y apparaît d'ors et déjà culte. Mais aussitôt après il disparaît et l'on est déstabilisé par la suite, prépondérante, alors que l'auteur lui-même, Nick Tosches, prend la parole et se met en scène. On ne comprend d'ailleurs pas l'intérêt de ce procédé. Et ce dernier raconte sa blessure au genoux, son désir d'écriture, sa fille dont il ne s'est pas occupé, ou encore son premier crime. Et l'on peut se demander quelle est la part de vrai dans ce qui est dit, tandis que l'auteur critique ouvertement Melville et Homère et adule Roth et Selby. Sans compter que l'industrie du livre en prend un coup.

"Le pouvoir appartenait dorénavant aux commerciaux, qui décidaient du sort des livres à partir de supputations débiles sur le ciblage du lectorat, le marketing et les prévisions de ventes. C'était un business qui n'avait plus grand-chose à voir avec l'écriture. Les livres étaient des produits..."

Le roman demeure fouillis, avec plusieurs histoires distinctes, entre le tueur nommé Louie, le narrateur Nick Tosches et le curé d'Alcamo qui trouve un manuscrit caché dans la bibliothèque vaticane. Il faut un peu s'accrocher durant la première moitié, avant de s'apercevoir qu'un chapitre sur deux nous lasse. Le roman aurait mérité des coupes, notamment sur l'étalage inutile du savoir, pour gagner en intérêt (même si Tosches fait la promotion de Faulkner ou Hemingway qui n'octroyaient pas de coupes à leur éditeur).

L'écriture est soignée mais trop de passages sont purement didactiques. De plus, Tosches modèle Dante à sa vision, en le faisant parler et en l'alignant sur sa pensée. Car, après nous avoir dit, en tant que Nick Tosches, que l'œuvre de Dante était trop enferrée dans le système métrique, nous découvrons le personnage de Dante qui se dit à lui-même qu'il n'aurait pas dû enfermer son œuvre de la sorte. C'est donc un procédé facile et il n'y a pas de quoi crier au génie. D'autant que l'auteur reprend des pensées développées par Platon ou Spinoza, concernant respectivement les deux moitiés d'un seul être que sont l'homme et la femme, ou le Dieu immanent se trouvant en toutes choses. Et après s'être forcé à venir à bout de ce lourd roman, on s'aperçoit, amèrement, qu'il n'y a pas de révélation ahurissante ni de retournement judicieux.

Pas inintéressant au final, ce roman n'est pourtant pas du tout le tour de force qu'on nous avait promis. Si vous tomber amoureux du premier chapitre, et que vous en voulez davantage avec le personnage de Louie, vous pouvez vous arrêter de lire, il n'y aura plus de passage de la sorte de tout le reste du roman.

R.P.



17/03/2018
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