Contre-critique

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"Le témoin solitaire" de W. Boyle.

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"Le témoin solitaire" de William Boyle.

 

"L'homme qu'elle imagine être Vincent entre. Il a la clé. Il a bien cinq ans de moins qu'elle, peut-être même pas encore trente ans. Des yeux sombres, dérangeants, et des cheveux bruns assortis. Avec son trench-coat noir, il fait penser à un des jeunes tueurs de Columbine."

Si vous aimez l'aspect "voyeurisme", la première partie du roman devrait vous plaire, car on assiste à des filatures piétonnes et à une suite d'hypothèses concernant les inconnus ciblés. Dans les faits, nous sommes dans la peau d'une dénommée Amy, qui aide les personnes âgées en leur apportant la communion pour mieux masquer son passé. En effet, cette homosexuelle qui buvait et travaillait dans les bars cherche désormais à se racheter en aidant son prochain. Durant son enfance, Amy a été témoin oculaire d'un crime, et suivre les gens dans la rue semble un vilain défaut qui vient aujourd'hui refaire surface.

William Boyle nous fait bien entrer dans la tête du personne central, et l'on se plaît à suivre les pérégrinations d'Amy. Mais la lecture n'est pas totalement attentiste. On peut prédire les circonstances du meurtre, avant le protagoniste central et il y a plusieurs rebondissements. Par exemple, passées les cinquante premières pages, celui qu'Amy prenait pour un prédateur se fait sauvagement assassiner. Mais si vous avez lu la quatrième de couverture, vous le savez déjà.

"La morale de l'histoire, c'est que j'aurais dû lui voler au moins une partie de son putain de fric. Elle l'a probablement claqué n'importe comment, ou perdu, ou je ne sais quoi. On se raconte qu'on est quelqu'un de bien, on aime croire ça, et du coup on loupe un tas d'opportunités."

L'écriture de Boyle est fluide, précise, et l'on sent qu'il s'appuie sur beaucoup d'éléments du réel pour crédibiliser son récit. Et ça marche ! Brooklyn prend vie, les lieux existent, et la réalité des téléphones portables, d'instagram et du reste, comme la modernisation des bars, nous rappellent notre monde autant qu'ils l'interrogent.

Le seul problème réside dans les réactions face au meurtre qui sont moins crédibles. Nous sommes dans un polar et l'histoire, qui tourne autour de l'amour et de l'argent, nous donne du mal à croire à certaines choses, comme une arme du crime laissée sur place, ou un tueur qui ne se cache même pas, par exemple. En dehors de cela, l'histoire se lit facilement et demeure intéressante. On ne s'ennuie pas et la progression du récit en spirale désastreuse est convaincante. À découvrir donc !

R.P.



27/01/2020
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