Contre-critique

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"Millenium People" de J.G. Ballard

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"Millenium People" de James Graham Ballard.

 

"Je m'approchai de la maison chambardée de Kay, en écoutant mes pas claquer derrière moi, échos d'une culpabilité qui tentait de fuir la scène mais ne parvenait qu'à se rapprocher d'elle-même. Distrait par le spectacle de tant de demeures vides, je trébuchai sur le bord du trottoir et dus m'appuyer contre une benne..."

Le roman démarre immédiatement après une révolte de la classe moyenne, dans un quartier de Chelsea, tandis que notre héros, David Markham (psychologue du travail à l'institut Adler) joue un double-jeu pour le compte de la police. On découvre d'abord comment David s'est retrouvé dans cette situation, puis la manière dont il a élaboré les relations qu'il entretient avec le meneur de la révolte Richard Gould, ainsi que sa maîtresse Kay Churchill, qui a mis le feu à sa propre maison.

"Les gens ici sont en proie à une puissante illusion : tout le rêve de la classe moyenne. Tout ce pourquoi ils vivent - l'éducation libérale, la responsabilité civique, le respect de la loi. Ils ont beau se croire libres, ils sont en fait piégés et appauvris."

La révolution menée par les protagonistes de la Marina de Chelsea se met tranquillement en place et offre au lecteur, outre les idées véhiculées par sa classe moyenne révoltée, un formidable récit de rébellion, qui va crescendo et surprend par sa violence. L'auteur pousse ses personnages dans leur retranchement et les mène au recours à l'affrontement et à l'acte de vandalisme. Il faut attaquer souvent, par des moyens peu orthodoxes, et notre héros se fait largement embrigader malgré lui. Et tandis qu'il remonte un réseau de malfaiteurs tout à fait banals et du coup, hors normes, il va rechercher les assassins de son ex-femme et flirter avec le danger. Délaissant sa vie d'avant, David va s'éloigner de sa compagne Sally, pour se rapprocher de Kay et des résidents de la Marina de Chelsea.

Le roman multiplie les actes illicites et les attentats, faisant ainsi écho à l'actualité, tout en dépossédant ses personnages de tout culte religieux et en les assimilant à la classe moyenne, ce qui s'avère diablement original. Le récit demeure fort, prenant et vraiment intriguant.

"Des lambeaux de papier brûlé tombaient du ciel, et je ramassai sur ma manche un fragment carbonisé de récépissé de carte de crédit. Reçus de cavistes, factures médicales et titres d'actions voletaient dans le ciel, inventaire d'une vie bourgeoise qui avait pris fin."

Les motivations de chacun des protagonistes ne sont pas toujours claires, mais Ballard s'efforce de creuser ses personnages, de les rendre tangibles, en multipliant les échanges verbaux dans lesquels les idées s'entrechoquent. Le résultat est à la hauteur de nos attentes.

Si vous aimez les thrillers ou les livres où sourd la révolte, n'hésitez pas, vous ne serez pas déçu ! L'auteur y déploie, outre une recherche de meurtrier et un mouvement citoyen révolutionnaire, un amer pamphlet à l'encontre de la docilité et de l'esprit civique de la classe moyenne dans son ensemble ; un choc !

R.P.



05/03/2019
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