Contre-critique

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"Moxyland" de L. Beukes

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"Moxyland" de Lauren Beukes.

 

"Il remonte un peu plus la manche pour exposer le poignet. Une chose est sûre, ce n'est pas le tout-venant du lumigadget. Pas de trace de chair de poule caractéristique d'une LED qui clignote à travers l'encre d'un phosphatt conventionnel. Pas de joujou sous-cutané. C'est sa peau."

Tout commence avec quatre personnages reliés les uns aux autres, et dont les points de vue s'alternent au fil des chapitres, mais toujours avec une narration à la première personne du singulier. D'abord la jeune photographe Kendra, qui se fait injecter des microbes robotiques artificiels chez Inatec, et qui devient "corporate". Ensuite Toby, un dragueur invétéré qui vit aux crochets de sa mère, et rencontrera Kendra dans une salle de billard, tandis qu'elle subit une altercation avec l'activiste Tedenka. On découvrira plus tard que Toby couche avec la programmeuse Lerato, une corporate tout comme Kendra.

Le récit aborde la révolte contre le système mis en place avec des opérations de sabotages publicitaires, puis terroristes, et la réalité virtuelle, avec Pluslife et ses avatars ; le tout dans une ambiance très "jeune et rebel" où la drogue et l'homosexualité ont leur place (Toby est souvent défoncé et Tedenka est en couple avec Ashraf).

"Mpho est à peu près aussi doué comme amant que comme concepteur de systèmes. Il adopte d'ailleurs la même technique : il est aussi mécanique qu'un piston et quand son approche a fonctionné une fois, il n'en dévie plus jamais. Or, elle fonctionne aussi la fois d'après, ne serait-ce que parce qu'il vous a à l'usure."

Si, au départ, le roman se révèle peu évident à suivre et peu littéraire dans sa forme, par la suite, on s'habitue à son style et l'on prend plaisir à lire les péripéties de chacun des protagonistes, surtout lorsque le cœur du récit est une suite de performances et d'actes illégaux, en vue d'éveiller les masses. Pourtant, on est loin de la réussite et de l'engagement d'un l'écrivain tel que Alain Damasio, qui s'est attelé lui aussi à l'éveil des consciences via la science-fiction. Quant à Moxyland, c'est le nom d'un jeu-vidéo pour enfant sur lequel se rendra Toby.

"J'aime l'assurance féroce de Jonhathan, la manière qu'il a de charmer les inconnus, si bien qu'ils se pressent autour de lui comme de petits oiseaux apprivoisés pour picorer les compliments qui tombent de ses lèvres."

Malgré quelques éclairs de lucidité bienvenus, "Moxyland" n'est pas exempt de nombreux défauts. C'est un roman qui satisfait à moitié et on est loin du livre culte. Par contre, sa fin est noire et pessimiste à souhait, ce qui est vraiment plaisant malgré sa tournure tragique. Cela confirme, avec "Zoo City", que Lauren Beukes est un auteur au potentiel certain.

À découvrir donc, pour ceux qui s'intéressent à la SF ou au nihilisme !

R.P.



14/09/2020
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