Contre-critique

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"Voir la lumière" de T.C. Boyle.

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"Voir la lumière" de Tom Coraghessan Boyle.

 

"Alors, la pièce rejoignit les abîmes, rétrécit, se referma sur elle-même, sous-marin plongeant dans des profondeurs où seuls eux deux pouvaient aller. Susi, sans dire un mot, posa le livre, se leva et sortit sur la pointe des pieds."

Connaissez-vous le diéthylamide de l'acide lysergique ? C'est la drogue de synthèse appelée LSD-25. Tout commence en 1943, avec la naissance du produit, alors que Susi Ramstein, une laborantine, est amoureuse de son patron, Albert Hofmann, l'inventeur et premier testeur du LSD. Cette introduction se révèle terriblement plaisante et ingénieuse, et pas du tout rébarbative. On y découvre un divertissement solide, tout à la fois instructif et cocasse.

Par la suite, le roman déroule les premiers pas de l'étudiant de Harvard nommé Fitzhugh Loney, dit Fitz, qui, avec sa femme Joanie, va tester le LSD. Le couple participe à des séances de groupe, avec Tim Leary, le professeur de Fitz, qui organise les soirées et distribue les cachets. Nous sommes en 1962, c'est le début d'une nouvelle ère, et Tim nous rappelle, sous certains aspects, le célèbre personnage de Kerouac : Dean Moriarty. Il est charmeur, charismatique et terriblement impudent. On ne sait pas à quel point l'auteur s'est inspiré du véritable Timothy Leary - car il a existé - mais son roman tient la route et semble empli de vérités.

"Il y eut à nouveau du sang sur le carrelage, le sang de Brenda car, si c'est elle qui avait poussé l'aquarium sur Peggy, dans la bagarre qui s'était ensuivie, c'est elle qui avait marché sur un éclat de verre. Tim qui, avec tous les autres, se trouvait alors juste derrière elles, voulut les calmer."

Il s'agit d'une histoire hallucinante, mais racontée avec calme et ironie. La traduction est admirable et le récit ne tombe jamais dans l'excès vulgaire, gratuit ou tapageur. D'ailleurs certains regretteront peut-être l'absence de sensationnalisme, puisque le récit se développe calmement, sans se focaliser exclusivement sur les "trips" sous acide. Durant l'été passé au Mexique, par exemple, l'auteur ne s'attardera que peu sur les voyages hallucinatoires.

Mais alors que l'on suivait Fitz, dans la deuxième partie du roman, on s'orientera davantage sur le point de vue de Joanie, surtout vis-à-vis de l'attitude leur fils Corey. Et c'est finalement la vie de famille et la vie de groupe qui va primer par rapport aux rapports détaillés des séances de drogues vécues par les personnages.

Quant à la fin, elle est effroyable et captivante. Fitz, qui devient obsédé d'une jeune fille de la Alte Haus de Millbrook, va s'aliéner sa propre famille.

Pas aussi marquant que certaines Histoires cruelles de l'auteur, ce roman de Boyle est tout de même à lire sans modération !

R.P.



11/10/2020
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