Contre-critique

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"Histoire de la violence" de É. Louis

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"Histoire de la violence" de Édouard Louis.

 

"Je n'espérais plus en réchapper, je n'espérais plus survivre, mais seulement mourir de la façon la moins douloureuse possible. Plus tard la police ou Clara m'ont félicité pour mon courage, et rien ne me paraissait plus contraire et étranger à cette nuit qu'une notion comme celle de courage."

Édouard Louis poursuit et entérine son autofiction, après le saisissant "En finir avec Eddy Bellegueule", et continue de se mettre en scène, mais cette fois sous son propre nom, Édouard. Ce héros homonyme qui, installé à Paris, est victime d'un viol. Le roman débute avec Édouard qui écoute la confidence que sa sœur fait à son mari, le concernant, tandis qu'Édouard se trouve de l'autre côté de la porte. Le lecteur va peu à peu découvrir ce qui s'est passé, au travers des pensées de l'auteur, du flash-back de la soirée de Noël, de la déposition au commissariat, ainsi que du récit de sa sœur Clara. Le second personnage central, nommé Reda, l'agresseur, est rencontré par hasard par Édouard, sur le chemin du retour à son appartement, après un dîner avec ses copains Didier et Geoffroy. S'ensuivra, après la rencontre et l'invitation, une agression. Et, subséquemment, un traumatisme.

Le récit est morcelé et raconté par bribes, ce qui le maintient dans un long climat de suspense. Lâchant seulement des parcelles d'éléments - un revolver, l'idée un test VIH - l'auteur convie son lecteur à une certaine impatience. Qu'est-il arrivé précisément à Édouard ? La réponse tardera à venir, après plusieurs dizaines de pages.

"À chaque fois qu'une tête sortait de la bouche de métro, d'un taxi ou du portail de la gare derrière moi, je pensais : il m'a retrouvé. Je devais longtemps examiner le visage pour comprendre que ce n'était pas Reda, je le voyais partout, ce matin-là tous les visages devenaient son visage..."

Le moins que l'on puisse dire est que cette "Histoire de la violence" nous fait languir. En réponse, deux résultats possibles : soit on dévore les pages en attendant les révélations, soit on décroche en se disant que l'auteur ne cesse de lambiner. De fait ce dernier tergiverse et fait des détours en nous racontant des choses qui appartiennent à des personnages plus que secondaires et qui n'ont pas d'incidence sur le récit principal. Il faut passer les cent premières pages, soit la moitié, pour savoir ce qui s'est passé entre Édouard et Reda. Autre reproche, la façon qu'a l'auteur de répéter l'évidence. Ainsi, par exemple, dans le chapitre Six, il va insister avec redondance - écrivant "elle ment" ou "ce n'est pas vrai" lorsqu'il retranscrit le récit de sa sœur - alors qu'il suffisait de ne l'indiquer qu'une seule fois pour que l'on comprenne. D'ailleurs pourquoi inclure le récit de Clara, alors que le roman se clôture un an auparavant, et que l'implication de cette sœur ne semble pas pertinente ?

Il est malgré tout agréable de constater que ce tout jeune auteur se renouvelle, en insufflant une narration bien plus dense et continue que dans le précédent roman, mais il y a perdu en efficacité et en force évocatrice, car cette histoire tragique nous atteint beaucoup moins que celle d'Eddy Bellegueule. Dommage.

R.P.



01/09/2016
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