Contre-critique

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"Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente" de H. Furukawa

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"Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente" de Hideo Furukawa.

 

"Une fois, en me voyant dans la glace de la salle de bains, je m'aperçois que la moitié de mon sourcil droit a disparu. Je comprends que je me le suis arraché inconsciemment. Je pense : J'ai la peau blême. Cela me montre à quel point je suis stressé. Quel jour sommes-nous ? Quel jour de la semaine ? Vas-y ! dit la voix. Va là-bas !"

L'auteur de "Alors Belka, tu n'aboies plus ?" nous livre son sentiment sur la catastrophe qui a frappé son pays le 11 mars 2011. Revenant sur quelques scènes de ses précédents roman, Furukawa précise ses activités au moment du tremblement de terre et sa démarche, ainsi que ses motivations dans l'écriture du présent roman. On y apprend que Furukawa, originaire du département de Fukushima, ne s'y trouvait pas au moment des faits. Pourtant le tsunami qui a touché la centrale nommée Furukawa Daiichi, située à une quarantaine de kilomètres de la ville de Sôma, va le troubler et le hanter au point de l'obliger à s'y rendre pour ressentir, sur place, la catastrophe.

"Quelques minutes après avoir quitté la supérette, sur la droite de notre champ visuel, alors que nous allions vers le nord, comme une attaque surprise, les plaies du tsunami apparurent. Apparurent, ou devinrent évidentes, plutôt. Les scarifications du tremblement de terre aussi."

Les chevaux sont un élément clef du récit de Furukawa. Il les rencontrera lors de son périple en terre irradiée. Comme souvent chez l'auteur, les animaux prendront une place importante, on se souvient notamment de "Alors Belka, tu n’aboies plus ?" son singulier roman qui relatait une dynastie canine, comme d'autres l'ont fait avec des hommes.

Bien que son récit soit un témoignage, l'auteur ne peut s'empêcher de tourner son livre en roman, avec des apparitions de personnage fictif, tel Gyûichiro, le grand frère du roman "La Sainte Famille" avec qui l'auteur va dialoguer. On a d'ailleurs hâte de voir traduits en français les nombreux romans que Furukawa évoque ici, soit "La Sainte Famille", "L'hiver", "Tempête et flots en fureur" ou "God Star".

"Ô chevaux..." est donc dans la droite lignée de son autre roman traduit en français, tantôt didactique avec l'historique des lignées chevalines et humaines (référence direct à Nobunaga et Hideyoshi), tantôt fictif avec conversations imaginaires, tantôt réel avec descriptions de zones sinistrées, voyage à New York et rencontre avec Hiromi Kawakami. À réserver aux connaisseurs et aux curieux.

R.P.



21/06/2015
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