Contre-critique

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"Texto" de D. Glukhovsky

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"Texto" de Dmitry Glukhovsky.

 

"Dans la zone, l'humanité était une tare. On ne la préservait que pour la libération. Sans cette perspective, il valait mieux y renoncer de soi-même, avant que les autres taulards ne la noient dans la pisse."

Avec ce nouveau roman, Dmitry Glukhovsky nous revient avec une histoire en dent de scie, mais dont le départ est très immersif et désespéré. Il abandonne ses habituelles - bien que variées - trames imaginaires, pour nous plonger dans un récit à suspense, tout à fait réaliste, et dans lequel il dresse le portrait désillusionné de la Russie contemporaine.

On y retrouve Ilya, un garçon de 27 ans, qui revient chez lui à Lobnia, après avoir passé sept années dans la zone de Solikamsk, une colonie pénitentiaire. Il fut arrêté et condamné à tort, pour trafique de stupéfiant, alors qu'il ne cherchait qu'à protéger sa chère Vera. Aujourd'hui, Ilya n'a plus rien à perdre. Il est sans nouvelle de sa mère, son ami Sergueï a changé, et sa petite amie de l'époque a refait sa vie avec un autre. Même le flic Petia Khazine, le responsable de son arrestation, se la coule douce et se drogue aux bras de jeunes filles.

"L'impossibilité de faire machine arrière le terrorisait, mais à cette terreur se mêlait une douceur dont il n'aurait pu définir l'origine. Celle de la vengeance, peut-être ? Cette vengeance qui provoquait l'effroi non seulement par sa violence, mais aussi par le plaisir qu'elle lui procurait."

Au fil des pages, l'histoire se met en place et l'étau se ressert inexorablement sur notre héros qui fonce tête baissée dans le piège de la vengeance. Alors, certes, on peut penser au chef-d'œuvre de Dostoïevski, l'admirable "Crime et châtiment", mais cette comparaison téméraire ne tient pas sur le long terme, car le roman de Glukhovsky n'a que peu de choses en commun avec lui.

"À 20 ans et des poussières, elle pouvait y croire. Tant que les autres ne nous abîmaient pas, on pouvait appliquer au monde n'importe quelle théorie. Même les plus fleur bleue. Après, on ne croyait qu'en ce qu'on avait vécu. Visiblement, Nina n'avait pas encore subi de morsures. Ou alors, elle les avait cachées sous un fond de teint."

On le répète, tout le départ du roman est franchement réussi, mais par la suite, passée la cent cinquantième page, on regrette un peu que la place du téléphone portable - et des conversations qu'il renferme - soient si prépondérantes. Cela entache légèrement le rythme du récit. Mais bon, "Texto" étant le titre de l'œuvre, il est difficile d'échapper à cet écueil ou d'en être surpris.

À l'effigie du dessin figurant sur la couverture, le téléphone portable est une sorte de poupée gigogne qui renferme de nombreux secrets pour celui qui s'en empare. Et ici, Ilya va lentement se laisser happer par la vie d'un autre et jouer à l'usurpation d'identité. On regrette cependant que les personnages réelles de la vie d'Ilya n'aient pas plus d'importance, au détriment de personnages presque fictifs qui n'existent que par le biais du téléphone de Khazine. D'ailleurs l'amour du héros pour Nina semble moins crédible que le reste, alors que c'est le cœur de l'histoire.

En définitive, "Texto" est une œuvre mineure, qui nous éloigne considérablement des anciens chefs-d'œuvre SF de l'auteur, tels que "Metro 2033" ou "Futu.re", et vous devriez commencez par ceux-là si vous souhaitez découvrir cet auteur russe de talent.

R.P.



04/07/2021
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